Une importance toute relative...


Avec tout le respect dû à ce petit être...
Ce texte est une fiction et j'y écris tout aussi bien au masculin qu'au féminin, au gré de personnages sur lesquels je me projète. Que cela ne vous surprenne pas. C'est une habitude qui date de mes premiers écrits...il y a fort longtemps.
J'ai faim. Je crève la dalle. Je m'enfilerai bien un méga hamburger avec une maxi frite, là tout de suite. J'ai vraiment les crocs et le ventre qui gargouille. L'heure tourne et je sens bien qu'on va encore devoir arpenter une tonne de boutiques avant de trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Parce que les soldes, SES soldes sont à son sens nettement plus importants que ma faim. Elle doit remplir son armoire, c'est impératif. Moi j'aimerais me remplir le ventre, sans autre priorité. C'est tout aussi vital à cet instant précis.Elle pousse la porte du magasin, je pousse la porte du resto avec le même ravissement béat,avides et empressés que nous sommes de nous gaver enfin...
Là, sur la porte une affiche au milieu de toutes. Perdue sans doute. Comme ces gosses qu'on y voit mais qu'on ne regarde plus. La lâcheté est sans doute pire que l'indifférence. On le sait, on ne peut ignorer ce qui se passe ailleurs. Mais la misère du monde n'est sans doute pas tout à fait la nôtre. Il serait important pour eux de survivre mais notre vie passe avant tout.
Et ce rendez-vous chez le psy, quelle heure déjà?
Il m'a dit d'être positive par rapport à ma vie, les épreuves étant toujours valorisantes; et que l'essentiel n'était pas la façon d'y parvenir mais que j'allais finir par me "réaliser"...Chouette!
Ca me donne envie de profiter de la vie de façon encore plus insolente, comme si elle n'avait été offerte qu'à moi.
Oubliés l'Ethiopie, le Soudan et autres stéréotypes du malheur terrestre...à l'heure qu'il est je dois tout faire pour me "réaliser"...
Pourtant je ne peux ignorer...
J'ai envie de faire l'amour avec lui. Lui et pas un autre. Et je n'ai que cela en tête. Ou que j'aille, quoi que je fasse et quoi qu'on me dise, c'est là. Plus fort qu'un désir, une obsession. Ce genre de chose qu'on ne cherche même pas à s'expliquer mais qui devient un moteur à tout ce que l'on fait. C'est en voulant le refouler qu'on en mesure toute l'importance. C'est idiot cette envie subite. Sans rien d'autre autour. Elle n'est partie de presque rien. Une idée comme une autre. Envie de faire l'amour, de baiser, de jouir. Sans autre forme de plaisir. Y penser et en avoir envie, juste comme ça. Là. Et donner toute son énergie pour nourrir jusqu'au bout ce désir, parce qu'à cet instant précis, il n'y a plus que ça qui compte...
J'y arriverai. Je le relèverai ce défi qui me mènera au bout de moi-même. Je le regarderai s'élever devant moi ce majestueux glacier. Après des heures de marche, de découragements parfois, j'irai le planter ce drapeau en haut de mon Everest. J'ai gravi le meilleur de moi-même et jusqu'à mon humilité pour arriver là. J'ai tout laissé derrière moi et ne suis plus qu'un coeur exalté livré à la montagne.
Je suis épuisé, vidé mais heureux. Mon nirvana s'ouvre à mes yeux et il ne me reste que quelques mètres à parcourir. Tenir.
Tenir jusqu'au sommet et se réjouir d'y être arrivé.
L'important est de dépasser mes limites, de donner plus que le meilleur pour y parvenir, et d'y arriver... enfin, aujourd'hui.
Je suis malade. Je me sais malade. Parce qu'on me l'a dit, c'est encore pire. C'est comme si je n'avais plus le choix. Comme si je devais commencer à mourir. Et pourtant je ne me sens pas prêt. Il me semble avoir encore tellement de choses importantes à faire. Mais ils ne parlent tous que de CA. Comme s'il n'y avait plus que cela à vivre. Je sais bien que non. Je sais bien que l'essentiel n'est pas dans ce qui va venir. Je pourrais presque oublier si je n'étais pas ici; dans cet hôpital où ma vie ne trouve pas d'écho. Tout est au dehors. Il est important pour moi d'en sortir, j'ai tant de choses à faire. Mais on me sait malade, l'urgence est de soigner. Ma vie, on s'en occupera plus tard...
Un jour, je le sais, je retournerai manger mon hamburger au resto du coin. Je laisserai mon amie faire ses soldes et épancherai mon altruisme à regarder les misères du monde sur papier glacé.
Puis, je l'attendrai, en rêvant au parcours de ma vie. Je l'attendrai tellement que je finirai par l'imaginer.
Et ce jour là, qu'on baise ou qu'on fasse l'amour, cela n'aura que peu d'importance..................................................

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