Sur le chemin des Ajoncs...

Photo empruntée...
Il y a quelques temps déjà que l'on roule. La côte est dure à monter et la bruine nous fouette le visage.
Je te regarde, emmitouflé dans cet horrible k-way qui ceinture ton visage, et il me prend une envie terrible de rire.
C'est hideux. Pas le temps, mais ce tableau que tu m'offres chaque fois que je pose les yeux sur toi. On te prendrait volontiers pour un de ces korrigans sortis de la lande s'il n'existait en toi cette volonté farouche de râler pour te singulariser à toute fin !
Et pourtant aujourd'hui, le bonheur défile derrière nous. Il file à vive allure sur les chemins escarpés.
Nos vélos sont pourris et mes capacités à te suivre presque tout autant...mais je m'accroche parce que cet instant là ne se décline pas.
Il pleut, il vente et oserais-je dire qu'il fait froid quand j'ai si chaud dans le coeur. C'est que tu es là. Enfin. Et égoïstement j'aime à penser que tu l'es pour moi toute seule.
Echappé de la lourde responsabilité qui t'incombe lorsque tu travailles, échappé de tout ce qui a pu nous gâcher la vie, échappé du temps même peut être pour ne vivre que ce moment là.
Groix est ouverte à nous. Groix, le nom de cette île résonne en moi comme un havre mystérieux. Comme un repère de pirates peut être qui aurait bercé mon enfance. Et nous sommes là, à dévorer le bitume comme autant de p'tits bonheurs, à rire comme des baleines et à gober le vent.
On a l'air de deux fous gorgés d'insaisissable, on se gave de plaisirs qui ne se voient même pas.
On était bien tu sais. Peut être trop en somme. On avait le bonheur insolent de ceux à qui l'on ne peut le reprendre. On avait soif de cette vie qu'on adorait et qui nous le rendait bien.
On s'était promis. Mais que valent les promesses?
On s'était dit qu'un jour, on reviendrait battre le pavé sous un ciel plus clément.
Un jour...
Le ciel.
Tu l'as rejoins petit père comme tu as rejoins la mer.
Et cette île ne m'a jamais revue.
On s'était promis pourtant. Mais il y a sans doute des bonheurs qui s'étiolent à ce qu'on les revive.
Je ne sais pas.
Je suis heureuse lorsque j'y pense. Heureuse d'avoir vécue cela avec toi. Heureuse d'avoir eu cette chance. Et finalement cet horrible k-way, au fond, ne t'allait peut être pas si mal....
Petit Père,
Tu me manques, sans tristesse ce soir, et je m'en réjouis.
Tu me manques, avec du rire au fond des yeux et tellement d'amour encore.
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