Cette irrésistible envie de crier...

"La Femme Piège" de Bilal
Ne pas fermer les yeux.Pour ne pas pleurer ou ne pas mourir. Tenir. Tenir ce regard ouvert sur le monde coûte que coûte.
Continuer, malgrè la soudaine noirceur de l'âme,d'y voyager en couleur. Colorer tout. Barbouiller jusqu'à ses rêves, à en friser le grottesque. Pour ne surtout pas qu'ils s'étiolent mais qu'au contraire ils crèvent les yeux. Ne plus s'accrocher qu'à cela. Les accrocher comme un cri du coeur en plein ciel, pour remplacer tous les soleils, et ne plus voir que cela.
Ne pas fermer les yeux. Ne pas pleurer. Ne pas crier non plus la douleur du dedans. Mais sentir ce cri comme une plainte de tout le corps et l'enfermer en soi, le retenir. Ne pas pleurer. Ne pas commencer, de crainte de ne pouvoir cesser.
Ne pas trembler non plus. Ne pas se résigner. Tenir.Tenir ce sourire porté sur le monde coûte que coûte. Même si le sublime bonheur se compare soudain à la médiocrité de ces instants. Même si l'on est seul, même si ça fait mal.
Il n'y a rien à faire, rien à dire pour retenir les choses. Et peut être pas davantage pour retenir les gens. J'ai des couleurs plein les mains dont je ne sais que faire. Les poser partout. Les envoyer en l'air pour qu'elles retombent sur tout. Je vais peindre les jours et habiller chaque heure de lumière, pour continuer de vivre et ne pas tomber.
Et je vais regarder mon cri s'animer en couleurs sur les murs de ma vie. Je vais sourire de le voir danser dans les paysages et s'étouffer au creux de mes rêves. Non, je ne vais pas m'arrêter là. Il finira bien par se taire.
Ne pas fermer les yeux. Pour ne pas pleurer ou ne pas mourir. Tenir. Rester dans la lumière...