Une moisson de larmes...

Plage du Touquet 1999
Il y a, paraît il, de l'indécence parfois à parler du bonheur. Y en a t'il tout autant à parler les yeux mouillés?
Je ne savais plus, j'avais presque perdu l'étrange saveur de cette eau là. De cette eau qui ne lave rien de la douleur, rien des chagrins et qui coule sur ma peau comme une déchirure.
J'ai semé du bonheur pour une moisson de larmes et ce soir il pleut sous mes paupières une pluie dont il ne germe rien.
Je pensais n'avoir gardé que des larmes de rire; de ces petites fontaines qui jaillissent au coin des yeux lorsque le plaisir est trop fort.
Je me retrouve avec ces larmes plein les mains dont je ne sais que faire et même ma générosité me retient de les distribuer.Je pleure en dernier recours parce que j'ai comme épuisé tous les mots pour dire, tous les discours pour expliquer, tous les sentiments pour comprendre. Il ne me reste que ce flot de moi pour exprimer ce qu'il me reste à faire valoir.
D'où nous vient cette confiance, cette constance même à toujours vouloir installer un bout de nos vies dans celle des autres?
A trop presser le coeur on en fait couler le suc par les yeux, par ces ravines qui se dessinent sur nos joues, qui creusent l'âme autant que les souvenirs.
Les mains tendues se sont fermées,enfermant avec elles nos sourires. Il n'y a plus d'élan, moi qui croyais pouvoir voler...Il n'y a même plus de nid. Il n'y a plus rien.
Plus rien que cette pluie qui n'en finit pas de me couvrir le corps.Cette pluie qui vient de moi. Faut-il inexorablement ne pas pouvoir se dérober, se soustraire à ce dogme absurde qui prévoit que toute bonne chose ait une fin? Les mauvaises aussi non?
La pluie va bien cesser. Ma pluie. Mes larmes.Si ces larmes là ne lavent pas la douleur, elles ne doivent pas plus laver le bonheur. Je le retrouverai.
Après avoir moissonné. J'irai glané des larmes de soleil pour le réchauffer. Ce p'tit bonheur qui m'a échappé, qui a glissé sous je ne sais quoi, qui a bêtement dérapé.