Ballade croate...1...

Publié le par L'amaraude ...

C'est idiot parfois comme on s'attache aux images du passé avec l'intime conviction qu'elles sont immuables.



Quelque part du côté d'Imotski


J'avais gardé de ce souvenir à peu près tout; parce que trop grand, trop authentique pour se perdre dans le temps. trop décalé aussi rapport à ma vie d'ado qui commençait tout juste.
C'était hier je crois, où vingt-cinq ans plus tôt, je ne sais plus. Et voilà que la torpeur me gagne à nouveau. Une chaleur d'été qui dort sous chaque pierre, sous chaque brin d'herbe craquant sous mes pas. Le soleil lui-même s'est étalé de tout son long sur cette terre qui le porte.
Il règne des senteurs étranges au détour des ruelles. Des odeurs plus que des parfums qui forceront plus tard le souvenir. C'est qu'ici rien n'est comme ailleurs. Ni le temps, ni les êtres, ni les choses. Le décor lui même a quelque chose qui m'interpelle, de si singulier et peut être hors du temps.
Ici je ne retrouve rien de ce que j'ai laissé dans mon pays. C'est un tableau nouveau que je découvre avec des couleurs qui ne sont pas les miennes. Il se dessine sous mes yeux ébahis, un peu plus chaque jour et ne devra je crois plus jamais s'effacer.

Il y a d'abord ce puits; ce puits à tout faire.Ce trésor de fraîcheur qui sourd dans la terre aride. On l'ouvre comme un tabernacle sacré recueillant le plus grand des trésors : l'eau. Ici, où l'on manque de tout pour la citadine que je suis, on ne manque pourtant jamais de l'essentiel. Et de me montrer avec force fierté la profondeur de ce receptacle et ce qu'il contient, invite au plus grand des respects.

Parce qu'ici, on fait de la générosité une ligne de conduite, de l'abnégation un savoir-vivre. Il faut choyer ses hôtes même lorsque l'on n'a d'autres moyens de le faire que d'ouvrir sa maison.
Ils avaient l'air pourtant si austères à notre arrivée au village ces deux petits vieux sortis d'une autre histoire, tellement trop vieux, tellement ridés qu'on aurait dit qu'ils avaient passé leur vie à nous attendre. Ils étaient couleur de terre. En dedans comme en dehors. Imprégnés d'une vie dont il n'aurait jamais eu l'idée de changer je crois, ancestrale et tellement liée à ce petit bout de paysage.

A suivre....................... Postranje Croatie 1980




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Publié dans Au fond des poches

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