L'Age de Raison...

Mon amour, mon tout-petit, toi qui grandiras autant dans ma lumière que dans mon ombre...
Il y a des choses qu'une maman n'a pas le droit de dire, autant je crois qu'elle n'a pas le droit de penser...
Et pourtant... pourtant mon amour, je ne crois pas qu'il y ait un âge où les blessures frappent moins fort, pas d'âge où l'on devienne de véritables modèles, pas d'âge où l'on soit...un exemple à suivre.
J'aimerais pouvoir te dire, "prends moi la main pour être sûr, marche dans mes pas pour assurer les tiens"; mais mon grand, je me vois tituber encore quand tu me crois solide et si déterminée...
J'apprends, j'apprends à chaque jour ce que toi même tu me délivres. J'apprends à être maman, à être femme, à être amie et parfois j'oublie au fond qui je suis. Je cours pour feindre l'assurance, je râle pour donner le change mais je n'ai pas tout compris de tes doutes comme des miens. Comment voudrais tu que je te réponde quand je lance encore des pourquoi?
Mon amour, ta maman n'est pas "une grande". Oui, je sais, ça peut te surprendre. Toi qui voudrais tellement grandir. Toi qui guettes ton premier poil comme ton premier trophée d'adulte. La panoplie, tu sais, n'habille pas l'esprit. J'ai cru grandir d'un coup, ou peut être à chaque épreuve. J'ai même cru qu'il y avait un âge où la Sagesse guérissait tout. J'ai cru, à ton âge peut être, qu'être adulte, c'était rompre les incertitudes, et au delà même avouer une certaine insolence. Ah comme j'aspirais à ce jour, à ce cap qui me verrait différente et...accomplie.
Croire que parce qu'on peut s'expliquer les choses elles en deviennent moins dures à vivre... Continue de le croire, mon amour.

Comme je continuerai de cacher mes larmes derrière trop de délires. Comment pourrais je te parler de mes tristes secrets, de mes envies de mourir pour échapper à ce qui me fait mal?
Toi, toi qui chaque matin cherche dans mon regard l'éclat à mettre dans le tien. Toi pour qui je dois rester une éternelle promesse de bonheur, quitte à douter du mien, quitte à rester quand même...
Parce que ta vie est toute neuve et qu'il n'y a rien d'âbimé, ne cherche pas à venir de mon côté, à savoir pourquoi aujourd'hui j'ai du mal à te sourire, et du mal à te parler.
Il y a des choses qu'une maman pense, des choses qu'elle ne peut pas te dire...

A Timec et Toutimec...
