Un Tour de Piste....
...et les étoiles se mettent à danser
Il est là, somptueux dans son habit pailleté. Il n'a pas changé. Il n'a pas vieilli et soudain il me semble que moi non plus...

Il me semble si proche ce temps de mon enfance où je battais des mains à chaque cabriole. Où je frémissais sous le regard du clown, cet homme au visage blanc que taquinait l'Auguste.
"Bouglione": un nom qui résonnait comme autant de magie, de paillettes jetées en l'air. Je fermais les yeux et je voyais du rouge, de l'or et du bleu. Je voyais le feu, et j'entendais déjà le tintamarre de l'orchestre à l'entrée des artistes. Ce nom, qui a lui seul donnait au cirque ses lettres de noblesse, ce nom qui a bercé mes rêves d'enfant.

Aujourd'hui, c'est un ami qui est venu m'en ouvrir les portes. Il portait sur lui son habit de lumière. Et lorsqu'il s'est approché, je ne sais si l'accolade était à la femme ou à la petite fille que j'étais redevenue.
Il y a des souvenirs que la vie n'atteind pas et qui conservent à jamais leur authenticité. Le respect, la crainte et la fascination que je vouais jadis au grand clown blanc de mes Noëls ne se sont pas estompés avec le temps. Adulte, je découvre un homme, une âme derrière le personnage mais je reste subjuguée par l'artiste, par cette part de rêve qui renaît dès que la piste s'allume.
Il n'y a pourtant pas que des paillettes sur la piste étoilée, et le fard aide parfois aussi à camoufler les larmes. Les projecteurs éclairent nos rires et masquent l'ombre des artistes.
Cet après midi je me suis vue battre des mains, battre du coeur et rire. La magie était revenue envahir mes souvenirs.
Mon ami était sur la piste et moi j'avais les yeux ébahis de mon enfance. L'icône était là, devant moi, fidèle à mes émotions de gamine. Les paillettes brillaient comme autant de soleils. Certes, sous le maquillage, je savais désormais qui se cachait, je pouvais mettre le visage familier d'un proche, mais le personnage lui, le clown au visage blanc et dont le regard souligné de khöl me trouble encore, lui il n'avait pas changé.
Et je crois qu'au fond, là, assise sur mon strapontin, sans fard et sous leurs soleils, je n'avais pas changé non plus...

