La Pierre Blanche...

C'est le genre de choses auxquelles on n'est jamais bien préparé. Comme à trop plein de peine, un trop plein de bonheur semble parfois presque encombrant.
Le genre de truc pour lequel il n'y a ni nom qui convienne, ni espace qui s'y mesure. Une chose, un truc, un machin qui soudainement envahit tout, le temps, la vie, le ciel et nous-mêmes.
On voudrait d'un seul coup se découvrir des yeux plus grands pour y faire entrer la lumière, pour ne rien oublier surtout . Se souvenir, se souvenir coûte que coûte d'un visage ou d'un sourire, d'une voix qui forçait le plaisir à chaque mot lancé.
Comme elles semblent petites ces poches où l'on voudrait tout faire tenir. Tasser le bonheur quitte à le fripper un peu et mettre son mouchoir dessus. Y caler sa pogne aussitôt pour ne jamais qu'il se sauve, jamais qu'il aille courir d'autres coeurs.
Comme on voudrait graver l'instant quelque part, faire de la place dans nos souvenirs pour magnifier celui-là ! Mais où? Où trouver le refuge qui l'éloignera de l'oubli? Où camoufler ces mots d'amour, ces mots intenses, ces mots d'amis ou ces promesses pour ne pas les enfouir et pourtant ne pas les exposer. Qu'en fera le temps, qu'en fera la vie quand s'étiolera le rêve?
Mais se souvenir. Pour les jours colorés d'autres teintes, pour les jours où rien ne vient. Ressortir la pierre blanche qui avait marqué celui-là et la tourner entre ses mains.

Se dire égoïstement que tout cela est bien à nous, lointain peut être mais ancré dans ce qui nous fait, immuable...
Ne pas encore se projeter, pour ne pas s'éloigner trop de ce bonheur encore tout frais.
Entendre nos rires encore, s'étirer comme une dernière parole, une acolade complice qui se passerait de mots.
J'ai du bonheur plein les poches et l'arrogance parfois d'y croire. Sans doute est-ce pour masquer ma peur de le voir s'effriter un jour.
Je serre les poings, je serre le coeur pour y retenir toute ma joie. Je ne veux rien oublier de cet élan, de l'émotion de ces instants. Les images et les mots se bousculent pour entrer tous dans ma mémoire.
Vite refermer derrière moi pour n'en rien laisser sortir.
Tout juste restera-t'il cet insolent sourire que j'accroche à mes lèvres, témoin de ce que le bonheur laisse de beauté en moi.
Ne jamais, ne jamais me séparer de ma pierre blanche... et continuer selon mes convictions à ne pas vouloir croire que "toutes les bonnes choses ont une fin"...
C'est une ineptie car "Tout a une Fin" si l'on considère que la mort est le final de toute chose...et puis après....il y a ce qui perdure...malgré tout.
Se souvenir de ce jour là, s'il ne doit en rester qu'un qui dure...
