Je me souviens...


Quoi il est pas beau le dino?


C'était au temps où les oiseaux parvenaient encore à nous abrutir. Le Dieu télé dormait encore je ne sais où et nous n'en étions pas encore les plus fidèles disciples.
Mes deux tartines beurrées m'attendaient, criantes de gourmandise sur la table en formica où trônait mon bol. C'est qu'il sentait bon le lait tout juste déversé et qui faisait encore frémir la casserole. Un vrai p'tit déj' à l'authentique et qu'on n'aurait jamais cru voir s'inscrire un jour dans l'ère des micro-ondes et autres céréales.
Je pouvais encore m'offrir le luxe de le savourer tranquille, sans stress et, les paupières encore mi-closes,finir de rêver. Je n'avais pas encore l'oeil rivé au portable, attendant à toute fin que l'écran magique ne s'allume. La "vrombinite" m'a depuis volé nombre d'instants gustatifs durant lesquels l'attention se porte davantage sur le goût d'une parole téléphonique, que sur celui d'une bonne assiette.
Et puis,pour me tenir compagnie,il y avait la radio.La sacrosainte radio dans laquelle hurlait les incontournables RTL et autres EUROPE 1. Ah, la FM a transporté bien davantage nos âmes de mélomanes que ces deux radios là !!!
Nous attendions, impatients le Mercredi pour ne rien faire et profiter des premiers mangas télévisés. Et moi qui râle sur mes gamins alors que je me gavais à l'époque (et quelle époque !) d'autant de Goldorak,d'Albator et que je m'envolais plus souvent qu'en rêverie "au pays de Candy... comme dans tous les pays...tin nin nin...on s'amuse, on pleure, on rit, il y a des méchants et des gentils. Et pour sortir des moments difficiles, avoir des amis c'est très utile,un peu d'astuces, d'espièglerie, c'est la vie de Candy...!" Excusez moi j'étais partie, complètement...
Non vraiment, quand je pense que j'ai chanté avec autant de conviction cette leçon de vie ô combien instructive.
On avait cependant le choix d'aller aussi se ballader sur "l'Ile aux enfants", peuplée de monstres gentils dont la seule évocation est tout un poème. Quel est celui ou celle de ma génération qui n'ait fredonné ce douceureux générique en espérant bien aller y faire un tour un jour ?

A défaut de radio, j'ai aussi passé une bonne partie de mon temps à faire avaler des disques à une boîte en plastique au son pourri et plus tard joué à changer immanquablement les vitesses de rotation des vinyls sur mon Teppaz entre 45, 33 et la savoureuse voix rauque du 78T. Plus tard, les non moins pourries cassettes audio sont venues dévider leurs bandes sur les têtes de mon vieux magnéto. "Copie illicite" était un terme qui échappait déjà à toute logique quand il fallait copier le dernier Dire Straits, Renaud, Pink Floyd et autres Barclay James Harvest. Les boîtes en plastique, sur lesquelles on marchait régulièrement, s'amoncelaient tant sur les étagères que dans les boîtes à gants des voitures.
Le samedi c'était "journée bonbons". A nous donc les pailles de plastique avec des granulés dedans que l'on suçait à n'en plus finir. Elles finissaient emplies de salive colorée de jaune ou rouge et on avait toutes les peines du monde à sortir les derniers morceaux récalcitrants. Sont alors arrivés les fameux "Pop Rocks". Ces bonbons aussi chimiques qu'immondes et qui éclataient sur la langue comme autant de mini pétards.
Je crois que c'est à cette époque qu'est sorti en France une boisson qui a fait un tabac: Le TANG. Révolutionnaire, et pourtant !!! Ca n'était même pas bon mais terriblement novateur et pour cela nous aurions fait acheter tous les paquets de cette mixture à nos chers parents. Mélanger un sachet à l'eau, touiller et déguster...du vide. Parce que le meilleur, c'était la poudre au goût d'orange, qui elle, restait immanquablement collée au ditt sachet et qu'on avait plus court de récupérer in situ du bout des doigts!!!
Ca nous faisait rire. Et pour ce qui est de sourire justement, un autre pote nous en rappelait les bienfaits avec force insistance. Notre ami "Pif", l'incontournable de l'époque, le chien marron aux pattes jaunes et dont l'empreinte accolée aux cahiers ou au pare-brise de la R12 lâchait le slogan auquel on n'échappait pas: "souriez Pif".
On lisait plus sans doute de ces magazines que l'on attendait chaque semaine. C'est que la game-boy et autres internet et Playstation n'avaient pas encore envahi notre univers. Tout juste les premières consoles Atari commençaient à faire des émules et les plus nantis d'entre nous pouvaient s'énerver inlassablement sur de mini jeux électroniques au graphisme impayable.
On n'avait pas des heures à passer au téléphone; alors magnifique combiné gris au cadran rotatif et sur lequel ,pressés,on espérait ne jamais avoir à composer un numéro avec des zéros...
On avait le temps de savourer les instants. Les instants comme les choses, ou ces fameux yahourts, ancêtres gélatineux des Danettes et dont le seul nom résume ce qu'ils étaient: les BOUM. Moulés dans leur carcan de plastique strié, ils tombaient au milieu de la soucoupe avec une surprenante élasticité!
Qui d'entre vous a eu la chance inouïe de connaître la saveur du "beurre chocolaté"??? Aucun de mes proches n'en a le souvenir... Serai-je nantie? J'avais alors une adorable nounou qui invariablement m'en offrait les délices chaque Mercredi. Un régal!
Excusez-moi, mon portable sonne. Ah! La Freebox aussi...Comprenez bien qu'avec un combiné dans chaque main il va m'être difficile de poursuivre sur le clavier.
Les enfants, arrêtez de zapper ou mettez vous un DVD.
Chéri, on se fait livrer des pizz'??? 2 secondes, j'envoie mon sms, je raccroche de l'autre main et j'y suis....
Pffff quelle époque !!!!
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