Délire:Hommage au mâitre de céans ....

Que ce soit à titre posthume ou de notre vivant, je crois qu'il est des hommages dont on se passerait volontiers. Quoi que, pour l'épitaphe post-mortem il soit plus difficile de contester l'énergie avec laquelle certains se plaisent à affirmer notre valeur passée...
Pour l'heure, l'émergie était toute concentrée sur ce petit bout d'homme qui, sacrifiant à la coutume nationale, avait forgé entre ces p'tites pognes, le plus beau des cadeaux qui soit pour son papoune chéri. Ne négligeant pas toutefois d'affirmer haut et fort que s'il avait mis tant de coeur à l'ouvrage c'était bien contraint et forcé! Charmant aveu....
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Toujours est-il que sacrifiant nous aussi à la coutume, nous avions bien conscience qu'en notre rôle respectif de père et mère dudit bambin, il allait nous falloir assurer. Et dans des proportions que nous n'osions encore estimer...
Imaginez le plaisir ô combien fulgurant de recevoir ce petit paquet, tout juste emballé dans un papier peint défraîchi ou au mieux dans un emballage agrémenté de somptueux morceaux de scotch préalablement mixés entre les doigts peinturlurés des loustics. Comment ne pas s'extasier devant l'oeuvre dont on peine parfois à découvrir l'usage, et que notre progéniture nous tend avec un sourire qui ferait fondre même l'ours le plus mal léché? On ne sait plus d'ailleurs si l'on doit sourire ou rire, ou peut-être même pleurer devant le petit cadeau immonde. Le pire, oui parce qu'il y a pire, c'est quand la surprise n'est même pas au rendez-vous! Quand on découvre avec stupéfaction que l'oeuvre viendra s'ajouter à celle de l'aîné et que l'inspiration des maîtresses en matière de laid ne se renouvelle guère d'année en année!
Donc voilà notre petit homme, fort de nous conter son poème, dont il ignore souvent le sens, avec une articulation qui frise l'exagération. Il a déposé entre nos mains son petit paquet et nous voilà à nous regarder, se demandant ce que nous allons enfin découvrir... Le suspens est total. L'attente insoutenable. L'artiste en apnée...
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Et quand le papier s'ouvre sur le contenu, c'est l'apothéose; On constate, quelque peu confus et coupable, qu'il va falloir jouer faux pour ne pas briser le charme de l'instant. On arrive tout juste à faire semblant entre deux éclats de rire à peine dissimulés. C'est qu'il a tellement de fierté dans les yeux notre artiste, tellement d'amour dans ses mots. On finirait presque par le trouver beau son cadeau. On ne peut même pas dire qu'il va venir compléter la collection parce que, avec la meilleure volonté du monde, on n'a pas pu conserver ad vitam eternam ces présents d'une autre dimension !!! Parce qu'on a vraiment le sentiment à cet instant, que le monde des enfants nous échappe, qu'on perd pied dans notre perception du Beau, et qu'une nouvelle dimension se glisse entre nos mains !!!
On va bien finir par lui trouver quelque chose à ce magnifique bocal que l'on nous tend.... Il va falloir! D'ordinaire on se surprend à manquer cruellement d'objectivité en jugeant le parcours de nos enfants, mais là....là, l'objectivité bien au contraire, on l'aimerait un brin plus nuancée. Arriver immédiatement à le trouver vraiment moins moche ce p'tit cadeau; pas plus beau. Juste moins moche... Histoire de partager ne serait ce qu'un tout petit peu la joie de notre loustic. Mais ça ne vient pas... Et de penser qu'il va falloir voir trôner ladite oeuvre en bonne place dans le salon n'aide pas vraiment à se réjouir.
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Et pourtant.... Pourtant, on ne peut nier l'évidence du plaisir mis dans ce geste là. L'évidence du bonheur qui s'inscrit dans l'offrande. "Mon papa, ma maman j'ai fait ça pour vous, avec mon petit moi, avec mes petites mains, du mieux que je pouvais...et je vous l'offre. Dans ce petit bocal j'ai mis plein de bisous. Et comme il restait un peu de place, j'y ai mis un peu de mon amour.C'était dur, mais je voulais tellement que mon papa, ma mamoune sachent combien je les aime..."
Alors forcément, forcément on va l'aimer ce bocal. Ce n'est qu'un bocal mais c'est celui de notre doudou. Il est unique, moche mais unique !
Et lui, il va être tellement, mais tellement heureux et fier d'avoir fait entrer dans son bocal tout ce que son p'tit coeur pouvait y mettre...
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Et puis, une fois le rire passé, une fois la surprise digérée, c'est vrai qu'on va le sentir monter ce bonheur tout simple, ce grand plaisir d'être aimé.Oublié le bocal, et qu'il soit beau ou laid n'y changera rien. Le p'tit homme qu'on sert alors dans ses bras vaut bien tous les cadeaux du monde....
