Tous les Chemins mènent...

Lorient Port de Pêche Mars 2006 (Morbihan)
A avoir usé mes semelles sur bien des chemins, à avoir conduit mes rêves sur bien des routes, il n'y avait pourtant qu'un endroit sans doute où poser mon sac.
Celui que j'atteignais, avec mon avenir en poche, un lointain que je posais sur un bout d'aujourd'hui.
J'étais arrivée là où plus loin n'est pas possible, là où sans doute on m'attendait puisque l'ailleurs n'existait pas.
Cet endroit du monde où je crois qu'on doit toucher, si ce n'est l'horizon, peut être son reflet.
J'ai levé la tête, comme on regarde le soleil et j'ai écarquillé les yeux. J'avais trouvé sans le chercher "le bord du monde". Cet endroit convoité en secret, où les choses basculent entre hier et demain, entre l'avant et l'après, entre le réel et le rêve. Je m'inventais sans doute un monde me disais-je, porté par la magie des mots.
Je me suis assise en attendant que le monde tourne... Et je n'ai rien vu de plus. Attendre et non espérer. Attendre repue de certitudes heureuses. Laisser derrière soi l'amertume et ce que la vie tient de souffrances. Taire ses chagrins, ses heurts et ses désillusions. Laisser derrière la révolte. Taire les colères et les peurs. Ne garder de tout cela que ce qui nous a tenu debout et en saisir la Sagesse ou du moins ce qui y ressemble...
Attendre juste qu'il se passe quelque chose. qu'une mouette passe ou un ange, cela ne m'aurait pas plus surpris. Mais rien.
Rien que ce bien-être accompli d'être enfin rendue quelque part.
A regarder la plaque, je me suis dit qu'il n'y avait que là que l'ancre pouvait s'accrocher, que là que je pouvais être sûre d'avoir à construire mon nid.
"Le bout du monde", comme le bout de moi-même, une infinie plénitude à être rendue à un bout de soi, comme un accomplissement.
C'est là, et juste en ce lieu que tout pouvait commencer.
J'ai alors posé mon sac et tout ce qu'il contenait, mes souvenirs, comme mes bribes de vie. Qui pourrait se sauver avec? Et puis, pour se sauver où puisqu'on était au bout du monde?
La clé pour s'envoler plus loin n'était pas entre mes seules mains. Il me restait à parcourir ce monde pour les fabriquer chaque jour, avec des mots en or, des instants qui n'auraient pas de prix...
Il me fallait chérir ce monde tout autant que je te chérissais toi, maintenant que je savais où menait le chemin.
J'allais te chercher pour courir de par la Terre, profiter des autres et profiter de nous.
Donner, Recevoir et s'enrichir de cela.
Parce que les bases d'un Bonheur s'appuyaient sur celui des nôtres.
Après cela on pourrait voler. Arpès seulement.
On irait profiter de nous...
Avant que le bagage, trop lourd de tant de choses glânées, on ne décide enfin d'aller poser nos vies, notre bonheur et ce qu'il restait à venir
"Rue du Bout du Monde..."
