Lou Soulèou Me Fai Canta...

Publié le par Lady

Lou Soulèou, le maître, celui qui crispe les visages sur le rire et creuse les rides comme des sillons de vie. Lou Soulèou me fai canta...

Elzéard quittait ce jour là, un jour de mistral, son vieil ami berger. Ils avaient depuis des années arpenté la garrigue et les alpages et n'avaient pas oublié. Rien. Rien de ce village, rien de son soleil et rien de ses filles.

 

Elzéard partait la retrouver. Mireille, la lavandière, celle dont le chant faisait taire les cigales, celle qui rendait jaloux le soleil, celle qui avait fait battre son coeur, il partait au vent tournant reconquérir le sien.

Ah peuchère, il lui en fallait de l'aventure au ventre pour aller par les chemins glâner son vieux bonheur. Ses jambes étaient robustes mais déjà fatiguées par les ans; mais peu importait car,  plus qu'une femme, Elzéard savait que ce jour là il allait chercher son soleil.

Il tremblait pour la première fois sans doute, mais il savait que ce n'était pas de froid. Elzéard ressentait le plaisir des gens qui vont chercher un trésor. Il partirait tôt, aider le soleil à se lever encore.

Il n'avait pas oublié. Son regard, sa douceur et sa silhouette, comme elle était jolie lorsqu'il la regardait, plus encore quand il l'aimait. Il avait cru à un amour qui passerait dans le vent, comme passe le temps, comme passent les gens. Mais il avait gardé l'espoir et l'avait tenu bien caché.

Maintenant que son corps était las, son coeur lui se réveillait. Il retrouvait ses traits, sa beauté et son rire. Il la devinait telle qu'il ne l'avait jamais vue, vieillie, belle..., à lui.

Il partit à l'heure où rien n'apaise le vent , son bâton à la main et ses rêves en musette. Son pas était sûr et sa chanson courait dans l'herbe. Il fredonnait en son âme le baiser tant espéré et son enfance égarée.

Il l'avait aimée, terriblement aimée. Le temps avait séparé ces deux là sans raison. Pas une qu'il ait connue en tout cas. Il marchait vers ce fol lendemain qui retenait son passé. Il était fier et heureux et laissait le mistral entrer dans son chapeau.

Il regardait tous ceux qui l'appelaient avec des yeux nouveaux. Sur sa course il entendait qu'on le happait de la voix mais n'y prenait pas gare. Il était déjà en d'autres chants.

Ses amis, leurs amis, avaient vieillis eux aussi. Mais lui ne s'était pas flétri tenu qu'il était de toujours retrouver cette bribe de jeunesse. Il lui avait promis.

Il s'assit quelques instants près du vieux  Calendau.

Celui ci tira sur sa pipe en le regardant. Elzéard se demanda si son ami, son double dont il n'avait jamais vu les cheveux blanchir, les mains se courber et la voix s'amenuir, si cet ami là le suivrait? S'il le comprendrait dans sa quête.

Elzéard savait qu'il manquait quelque chose à sa vie pour qu'elle fut accomplie. Il lui fallait encore rêver avant que de partir...

 Calendau regarda son ami avec perpléxité. Après quoi pouvait bien courir Elzéard? Mireille avait dû l'oublier, peut être même était elle morte depuis longtemps. Calendau avait laissé la vie s'occuper de lui en douceur, au rythme de la Provence et de son vieux moulin.

Elzéard lui, même en Provence, avait toujours manqué de soleil, de son soleil qu'il allait à présent chercher. Il entendait toujours la chanson, celle de Mistral et du vent, celle des amours et des âmes libres. Sa chansonnette aux senteurs de lavande, celle de sa lavandière, celle de sa Mireille.

"Lou Soulèou Me Fai Canta...."

Non il n'oublierait pas la mélodie de ce vent là.

Il demanderait à Antoneou de lui fredonner encore ce qu'ils avaient tous entendu. Cette fille portée par le matin, dont les cheveux s'enroulaient dans le vent. Ahhh ils savaient , ils savaient tous qu'il faudrait à Elzéard finir un jour son histoire pour pouvoir partir ...ailleurs.

Pour lui ce serait une histoire d'amour, pour d'autres ce serait un autre rêve mais avant de partir il faudrait tout accomplir sans doute...

Elzéard le savait.

 

J'étais un gamin du village le jour où son moulin s'est arrêté . Mais je me souviens. Je me souviens comme soudain le soleil s'était mis à briller. A briller jusqu'à brûler la Terre, jusqu'à teinter les maisons de tous ses ors , jusqu'à mettre de la chaleur et faire danser l'accent dans nos voix pour toujours.

Le soleil a touché la terre et le ciel les a enveloppés. Il suffit de regarder en dehors. La lavande se souvient elle aussi. Elle porte sur elle le ciel et le soleil et les amours infinies d'Elzéard et de sa...lavandière.

Le soleil la faisait chanter, Elzéard était reparti l'écouter...

Il y a toujours un rêve à poursuivre avant de partir, une chanson à fredonner,un soleil à retrouver...

 

 

Publicité

Publié dans Pognes tous azimuts

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
Moi aussi j'adore... mais comme tout ce que je viens lire ici depuis des mois... (tu as vu, j'essaye de me rattraper de ma réponse à ton com (mdrrrrr) Meuhhhhhh Non, c'est même pas vrai).<br /> Une petite balade en Provence, tiens ça me dirais bien moi ! Pas toi ? Allez, on y va ?<br /> Gros bisous ma Petit'Lady N et à très bientôt. Syl
Répondre
@
J'ai été très touché par ce texte magnifique. Ca sent le bonheur, l'amour de la terre et de son pays.J'ai beaucoup aimé.Bonne journée@lain
Répondre
I
je me suis laissée charmée par ton histoire ... à quand une indigo ...???
Répondre
S
merci pour cette histoire, je vais pouvoir dormir comme un bienheureux ;-)
Répondre
T
Bonsoir, Lady.  Merci de me rassurer.  Mais non, je ne suis pas inquiet (l'histoire du train d'Eric). Tchou
Répondre