L'Ebauche d'une Femme...

J'avais le texte, mon ami Sandokan avait le dessin.
J'espère qu'il ne m'en voudra pas pour lui avoir emprunté.
Son site est à voir et il est ici
Devant toi comme une page blanche j’attends que tu me dessines. J’attends qu’entre tes doigts tu réinventes mon corps.
Je suis là à te regarder, femme nue devant tes yeux et j’attends. Tes paupières sont baissées, et je pourrais croire que tu dors… Je pourrais croire aussi que tu ne me vois pas
et pourtant je sais que tu me dévisages.
Alors, je fais comme toi et je ferme mon regard à la lumière. Je voile le paysage pour mieux me dévoiler à toi.
J’attends que tu me dessines. J’attends que tu ébauches sur ma peau les premiers gestes de ta main. J’attends de savoir qui je suis, quelle femme tu feras naître sous la caresse, quelle couleur tu mettras à mes joues. : le transparent qui n’ose pas, le pourpre du plaisir ou le rouge de mes émois.
Rien ne se passe…
Rien d’autre qu’un espace que je sens fondre entre nous. Tu penses ton œuvre avant que de la faire et je me devine sous tes traits. Tu animes la « page blanche » de desseins que je ne vois pas. L’espace. L’espace est devenu si petit qu’il tient soudain entre nos mains. Et ce qu’il reste de possible, ce qu’il reste à en mesurer, s’appelle tout simplement « désir ».
J’attends sans oser rien te dire. Sans oser rien faire d’autre que sourire pour ne pas que tes gestes se perdent. Ta main, celle dans laquelle j’aimerais tout entière tenir, celle qui finira de m’apprendre à moi-même, celle qui me guide, donne-la.
Je suis vierge de toi, nue sous la caresse qui m’enveloppe, nouveau dessin à chaque page de vie.
Mon amour, mon plaisir à demi reçu, mon plaisir à demi-donné, l’artiste sans lequel je ne suis qu’un corps en esquisse. Ta main passée dans mes cheveux et c’est l’aventure qui commence, ta bouche m’offre sa tendre caresse et me parle de volupté. C’est qu’il y a plus à dire en ces secrets partagés qu’en bien des mots galvaudés. Tu me dessines à tes baisers et leur chaleur me donne couleur.
Ta main, tes mains passent sur moi pour me couvrir, me blottir et me découvrir. Elles me frôlent, me caressent, me taquinent et me révèlent. Je tremble sous l’une et frémit sous l’autre, et reprend un à un tes gestes sur ton corps.
Tu me dessines et je te sculpte. Je cherche tes traits comme tu cherches mes courbes. Nous sommes l’ébauche l’un de l’autre et ce que je trace sous ma main, tu le sublimes sur ma peau.
Du désir et une incroyable envie de laisser sous la caresse se dessiner un peu de toi. Les yeux fermés, réapprendre ton corps en le touchant du bout des doigts. Laisser la caresse s’inventer tous mes gestes ; ceux qui épouseront tes formes, ceux qui n’ont pas besoin d e moi. Et te retrouver. Te redessiner comme dans ma mémoire pour chaque fois pouvoir te relire.
J’ai envie que mon dessin bouge. Que les couleurs ne suffisent pas et qu’il s’anime d’autre manière. Je suis ton œuvre comme tu es la mienne pour ce que nous recréons chaque fois le corps de l’autre, cette page blanche sur laquelle coucher notre folie, nos désirs et nos turpitudes.
Les papiers se mélangent, et les couleurs se fondent. Le trait se dérobe sous une plus vive caresse.
La feuille nous entoure et nos mains se cajolent. Elles se partagent l’espace qu’il reste entre toi et moi. Ce bout de dessin qui s’étire et se froisse, se répand entre nous deux sans qu’on parvienne à le fixer. Trop petite est la feuille. Trop grande cette ébauche là.
Elle ne tient ni sur mon corps, ni sur le tien si bien qu’il faut la partager…
Il paraît qu’on appelle ça « l’amour », quand l’ébauche est encore bien pâle.
Il est sûr qu’on appelle ça « plaisir » quand le dessin est en couleur.
Toutes les couleurs que tu tiens, que tu retiens entre tes mains, toutes celles que je te donnes, que l’on invente ou que l’on trouve.
Tu es mon plus beau « dessein », celui pour lequel on œuvre toute une vie. Je suis ta page blanche, celle sur laquelle poser toutes tes couleurs, modeler tes désirs et me dessiner…sous tes traits.
Mon amour, serait-ce sous tes traits que je deviendrais belle ?
Dessine moi, de l’attente à l’extase, entre tes mains , ou de tes mains aux miennes…

Tchou, le sage, avait déjà commencé son oeuvre avant que je ne commence mon texte. Sa muse s'est endormie sous la caresse.Je ne l'ai pas réveillée et lui ai jsute emprunté le dessin ICI

