et senteurs du petit matin..
La tête encore mouillée et les cheveux en bataille, j'entends qu'on s'agite autour de moi. L'eau glacée, toute juste puisée, me coule dans la nuque et je ne peux retenir un frisson.
Sitôt réveillée, sitôt levée et parée pour une journée pleine de tonus.
Ici pas de commodités. La toilette se fait dans la cour de la maison avec comme seul espace pour s'ébrouer, une vieille bassine en plastique.L'eau du puits fait le reste. Un coup de fouet instantané qui lave aussi les vieux restes de sommeil.
Avant d'aller déjeuner il faut au préalable se rendre dans l'endroit le plus incongru du décor...:
Juste au-dessus de la fosse à cochons..................
Franchir les frêles planches qui mènent au cabanon de bois. Surtout ne pas faire un faux pas, au risque d'aller régaler la ménagerie et de s'enduire de la plus odorante des décoctions. Ceci en dépit des araignées et autres serpents qui font de ce parcours, un parcours du combattant.
Ouvrir délicatement la porte, et ne rien chercher de ce qui "chez nous" serait élémentaire en cet endroit. Il n'y a ni trône, ni lumière. Juste une planche de bois percée en son centre et qui laisse la vue aux verats. Voilà qui suffit à amuser les gosses que nous sommes, à la remarque prêt que se rendre seul, la nuit dans cet endroit nous rend un peu moins fiers...
L'unique ruelle dont je me souvienne serpente entre les murs de pierre. Les maisons semblent écrasées sous le poids du soleil et les portes de bois sont si épaisses qu'elles semblent ne jamais devoir s'ouvrir.
Le sol est sec et la poussière se soulève à chacun de mes pas. Déjà, là haut je sais que l'on m'attend. J'ai laissé derrière moi les odeurs ô combien significatives de "l'espace intime" pour enfin trouver de véritables délices olfactifs. Un verre à la main toute la famille est réunie pour le breuvage "qui l'fait bien" comme on dit. Le petit coup de "rakija", l'équivalent de notre goutte est manifestement l'un des secrets de l'énergie locale. Nous nous dirigeons ensuite dans la fraîcheur des arrières cours. Là, coincée entre deux bâtisses de pierre, la cour nous reçoit en une imposante tablée. Je reste impressionnée par ce qui me semble encore aujourd'hui être le plus gros tas de tranches de gruyère jamais vu. A côté il y a la gigantesque marmite. La pénurie de café oblige à servir une boison plus lactée que caféinée à la douceur exquise. Et puis surtout, il y a le jambon. CE jambon comme une madeleine de Proust et dont je ne suis jamais parvenue à retrouver le goût unique. Fumé à même la braise et séché depuis des lustres, il a cette saveur authentique et parfumée qui semble mêlée d'herbe et de viande sauvage. Son fumet est unique, prenant, rond et rustique. Ah! la quiétude de ce petit déjeuner là n'a jamais été égalée depuis. Je la retrouvais chaque matin avec le même régal au fond des yeux. C'était un moment de partage comme on en trouve dans les lieux où les gens n'ont rien d'autres à offrir que leur présence et le produit de leur travail. L'idée n'est venue à personne de demander autre chose que ce qu'on nous servait alors. Nous faisions nous aussi partis du décor avec la joie de vivre et la simplicité que cela imposait...
Postranje Croatie 1980
Par L'amaraude ...
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