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Photo de...
Pendant longtemps je n'ai pas été sûre de me trouver jolie.
Aujourd'hui je n'ai plus le loisir d'en douter.
Ma peau s'est fânée, enveloppant mes rêves sur eux-mêmes dans cette prison de chair.
Ma vie s'est réduite à mon corps et tout est en dedans, mes souvenirs et ce qu'il reste d'avenir.
On me croit déjà éteinte mais la lumière est à l'intérieur. Elle n'a pas quitté encore mon petit coeur flétri. Je suis fatiguée de vivre mais pas fatiguée de la Vie. Ma jeunesse est intacte, c'est juste le temps qui a passé.
Les gens parlent à ma place pour m'éviter de réfléchir. Ils m'assistent dans mes mots comme ils le font dans mes gestes; On commence à mourir pour les autres bien avant qu'ils ne le sachent. Quand plus rien ne dépend de nous, quand tout ce que nous sommes semble leur appartenir.
Alor on finit par se taire. Ils ont l'air si sûrs de savoir pour nous.
Je les regarde et je les entends tirer des plans sur la comète, se mettre en tête que je vais plus mal qu'il n'y paraît et qu'il faudrait faire quelque chose.
M'aider à partir ou me retenir pour vivre encore un peu? Quel dilemne!
Il y a les vieux et les jeunes. Ceux qui dérangent et les autres. Ceux dont les autres ne savent plus quoi faire. Ceux qui croquent la vie avec arrogance comme si elle leur appartenait. Et ceux qui la portent en eux.
Je suis un vieux corps, je suis une vieile femme mais avec des émotions neuves. Le printemps hier n'avait pas cette couleur...que je me souvienne...
Il reste au creux de mes mains tant d'espoirs inavoués. Mais je ne veux plus me retournee; A quoi serviraient les regrets? A ton âge on peut se le permettre, au mien on ne peut qu'avancer...
J'aurais tant de choses à vous dire que vous ne semblez plus entendre. La vie ne se démode pas et mon vécu ressemblea au vôtre. Mais à quoi bon?
Je suis la mémoire d'une famille, celle de mes petits enfants. En mourant j'emporte un peu de leur enfance, beaucoup de leurs souvenirs et je m'en excuse.
Votre vie a été la mienne en d'autres temps. Moi aussi je me suis crue invincible et je regardais les "vieux" avec respect mais aussi quelque peu d'indifférence. Je ne savais pas quoi leur dire et je me disais que jamais je ne serai comme eux;
Parce que j'avais tous mes rêves en poche et l'insouciance de mes 20 ans. Le monde m'intéressait et j'intéressais les autres.
Si seulement , si seulement la vieillesse n'était qu'un mot, on pourrait sans doute se comprendre...
Sans que je sois oubliée, sans qu'on m'enterre vivante.
Paroles pour ma grand mère cloîtrée chez elle, depuis des années et dont les 87 printemps n'ont plus toujours la couleur du bonheur...
Bretagne indolente...
Un bout de terre qui règne balayé d'herbe tendre,
De lande ou de bruyère et de quelques prières.
Telle une halte où viennent mollement s'étendre
Comme soumis, les derniers reflets de la mer.
Un petit port où quelques bisquines à la traîne
Voguent encore à l'heure du soir, quand tout s'efface.
Et chantent les rebelles, du quai à la taverne,
Les forbans au grand coeur, les filles un peu lasses.
Et puis le vent du large, cet air à leur image,
Eliminant l'abri et ravissant la bête
Une brise, un paysage de rochers et de plages
Caresse ou bien sursis sous le "ris" d'une mouette.
Enfin une chapelle comme recueil à nos rêves
Toute entière de granit et de quelques genêts
Une voix comme un appel en cette aube qui se lève
Couverte d'insolite et de vagues secrets.
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