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"Les Vivants et Les Morts" de Gérard Mordillat
Exotisme et dépaysement.
A venir ...
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Vous êtes nombreux maintenant à connaître Eric, de Fotovision. Nombreux à le connaître et à l'apprécier tant pour son blog que pour sa générosité et son altruisme.
Ce soir, je voudrais lui dédier tout particulièrement ce texte. Pour ce qu'il est devenu au fil du temps. Comme quoi tout ceci n'est pas que virtuel.

Un sac à porter trop petit, trop lourd ou bien parfois trop vide.
Qui sait de quoi tu l'aurais rempli, si je t'avais connu avant Moi.
J'ai des petits pas en tête, qui ne glissaient dans aucune trace et qui pourtant en douce semblaient arpenter tes chemins.
C'est que je t'ai tellement rêvé, tellement souhaité, tellement aimé.
Mon frère, mon frangin, mon ailleurs.
Les "ptites Pognes": sûrement celles que j'aurais voulu caler dans les tiennes, celles qu'on aurait soudées l'une à l'autre pour promener nos existences.
Je sais aujourd'hui d'où est née cette fascination pour les mains: de cette attente de trouver la tienne, pour me guider, m'entraîner, essuyer mes larmes et remplir mon "sac".
Mon sac de vie, ma poche de vide.

Je ne sais ce qu'il y aurait eu de plus mais je n'aurais pas eu à l'imaginer. J'aurais su ce que tes yeux voyaient, j'aurais su d'où me venait ta voix.
Mon frère, mon complément d'être. Mêler ton rire au mien pour que le bonheur soit entier, perdre mes larmes sur ta joue pour qu'elles ne s'étiolent dans le vide. Il y aurait eu entre nous ce lien tacite et entendu, cette pierre pour édifier nos vies, autour de laquelle joindre nos bras. Ce monument de tendresse qui nous lierait l'un à l'autre. Cette maman que j'ai vu souffrir de n'avoir jamais vu ton visage.
J'aurais voulu que tu m'apprennes mes premiers mots, mes premiers pas et que tu voies ma vie pousser. J'aurais voulu t'avoir pour comprendre mes tristesses, mes amours, pour confondre mes habitudes et cesser de pleurer à me sentir trop seule.
J'aurais voulu qu'ensemble on apprenne à grandir, que tu m'aides à quitter un jour mon corps de petite fille pour oser être femme.
J'aurais tellement aimé te confier mes secrets, consoler tes chagrins et connaître les tiens sans en être un pour l'autre.
Te savoir là chaque matin, à chaque soleil, à chaque faiblesse comme à tout ce qui se partage. Et puis je crois qu'au delà de l'attente, de la complicité, j'aurais voulu, mon grand frère, qu'on puisse tous les deux un jour remercier nos parents.


Tu es ma quête de toujours, mon seul véritable regret et mon plus fol espoir.Parce que j'aurais voulu cacher mon visage dans tes mains les soirs de trop gros chagrin, voyager dans ta solitude pour ne pas errer dans la mienne, courir vers toi avec un rire qui déborde, de tant d'enfance à partager et de mots à déposer de toi à moi.
J'en ai porté des heures à ébaucher ta vie, à te prêter des mots que je t'entendais dire.
Mon frère, mon absence qu'une vie ne comblera pas.
Il aurait juste fallu que je te connaisse avant Moi.
Je t'ai cherché en maints regards, j'ai supposé ton reflet au fil de toutes mes rencontres.

Et puis, à tant regarder dans ma vie, je t'ai trouvé en d'autres lieux, en d'autres temps, là où mes songes n'allaient pas.
Ce sac à porter trop petit, trop lourd ou parfois trop vide, tu l'as attrapé en plein vol.
Tu t'es reconnu, Mon Frère, sans que jamais mes mots n'aient l'audace qui aurait cherché à t'atteindre.
Il aura fallu tout ce temps pour se construire l'un sans l'autre. Mon sac de vie me semble soudain monumental et j'ai peur que mes mains soient devenues trop grandes pour tenir encore dans les tiennes.
Mais je te sais là où ma vie ne vas pas encore, là où la tienne m'attendait. Je n'ai plus à courir, plus à souhaiter. Il me semble que ça fait si longtemps, que le passé me paraît d'un coup tout petit.
J'ai le temps d'apprendre la suite qui remplira mon sac de vie et de nouveaux souvenirs.
Tu es celui qui aurait pu être, celui qui aurait peut-être dû. Et sans doute, au-delà du virtuel, plus vrai que celui que je n'ai pas eu.
Toi, Eric, mon frère....
Lady



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