
La table est mise, parée pour la circonstance de ses plus beaux atours. Les convives ne vont pas tarder à arriver et déjà le bouchon frétille au bout du goulot prêt à fendre l'air comme un éclat de rire;
Ce soir on donne dans l'allégresse, bon an mal an, comme un incontournable rituel et on rempli les sacs poubelles d'autant de détritus semble t'il que de problèmes oubliés. on irait même jusqu'à l'indécence que ce soir rien ne nous étonnerait !
Ce soir, on festoye, on ripaille. A bien y regarder on friserait même la luxure à bien des égards! D'autant que, me semble t'il, on a déjà donné dans pareille débauche la semaine passée. Et oui, ce soir on remet ça. Avec la même assurance de passer la meilleure soirée de l'année qui soit, comme si d'un coup toutes les autres étaient de bien piètres bonheurs.
Ca sent la bouffe jusque dans nos voix et les fumets les plus délicats se teintent déjà de vapeurs d'alcool. ah oui, mais on fait ou on ne fait pas. et ce soir pas question de reculer devant l'opulence. Il s'agit d'accueillir la nouvelle année sur un plateau doré. Et tant pis si la précédente nous a laissé un goût douteux, il semblerait que le foie gras et les huîtres sur fond de champagne aident à faire passer l'amertume. La liesse est de rigueur et le souvenir des jours anciens inhibé. On oublie tout, là tout d'un coup, les vieilles querelles, les vieilles douleurs et les vieux doutes. On s'aime autour d'une table, on se lèche le museau à minuit pétantes en souhaitant n'importe quoi à n'importe qui avec un sourire convenu qu'un masque ne figerait pas mieux.
Oui, mais ce soir on est heureux. Une coupe à la main on se baffre de tous les mets. On se régale de tous les bonheurs qui nous ont échappé l'année passée. On retrouve en bouffant de l'énergie pour 365 jours 1/4. c'est qu'il ne faut pas chômer. Ca aide à avoir faim ! Faire honneur au temps qui passe et pour une fois le prendre à bras ouverts, attendre même impatiemment que minuit sonne. C'est un comble!
Et qu'importe au fond la gueule de bois qui nous plombera dès l'ébauche de réveil, qu'importe la casquette de plomb et "la peau de renard" au fond du couloir. Quand on s'est bien fendu la gueule on peut supporter quelques heures à blêmir, la crise de foie au ventre...
On sort de là avec la nauséeuse impression de voyager dans une terrine tellement on a la tête dans le pâté (allez va, dans le foie gras, c'est encore mieux!) quand ce n'est pas le postérieur sur les chiottes. On est vidé, mais heureux de regurgiter tout ça. Ah ce n'est que du trop plein de bonheur, on s'est trop amusé!
On a presque un an pour s'en remettre et oublier le goût des chocolats, le prénom de notre voisine et l'air benet de nos propos parfois....
Un an pour pomper du bonheur à d'autres sources, à d'autres coeurs que ceux prêter ce soir là et qu'on ne reverra peut être jamais. Des rires dont on a déjà perdu le sens, des amitiés dont on a déjà perdu le goût mais qu'est ce qu'on s'est marré.
Allez on promet de s'appeler, de garder en tête le plaisir partagé et de vivre au mieux les instants de bonheur comme les instants de merde puisqu'au final on mettra tout dans le même sac pour repartir à zéro dans le grand saut qui va du 31 au 1er..............
Bonne Année à Tous
Lady

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