Il y a des jours comme cela où rien n'est prévu. Où rien ne semble se profiler et où la torpeur taquine de très près l'oisiveté ambiante.
Je me sentais prête à ne rien faire et cela me convenait plutôt bien. Pleine d'entrain pour m'écrouler et buller tout mon saoul .
Et puis voilà. Le téléphone a sonné et l'on m'a sommée de préparer mon sac, mon casse-croûte et de me caler l'apn sous le bras. Il n'y avait manifestement aucun échappatoire à ce désir manifeste de me sortir alors...j'ai suivi et j'ai découvert...

Un capharnaum gigantesque en plein coeur de la ville. Un taudis diabolique sorti du temps et de l'espace et qui éveillait tout autant ma curiosité qu'une réelle magie.

Nous étions au lieu dit "Des Trois Rivières", là où jadis la Vesle faisait une enclave aux baigneurs et régalait leurs fantaisies.
Le canal nous faisait face et pourtant, je ne pouvais détourner le regard de ce fatras diabolique et fascinant. Je me croyais soudain basculée dans un de ces contes fantastiques d'où sortirait quelque marâtre au corps courbé et où les enfants ont tous l'air de souillons...

J'aimais ce tas de vieilleries et de bizarreries livré comme un amoncellement de vie, en vrac, en tas, comme ça vient. Tout avait été posé là dans le plus parfait des désordres et rien ne semblait devoir changer.
Et puis, il y avait ce bleu sur la façade. Ce bleu d'un autre temps, d'une époque inconnue. Ce bleu qu'on ne trouve que dans les films ou dans les bandes dessinées.
Quel était le message, fascinant de cet après midi?
Un rêve, une poésie, un regard sur le monde?

Le rivage des Trois Rivières bordait la Vesle de ses immondices merveilleux. Le canal et ses lignes parfaites me semblait alors bien loin. Il y avait là bien plus de magie. Bien plus de matière.
Baignée d'une lumière tardive, le tableau tardait à s'éteindre et étalait sa magie avec arrogance. Nous nous y sommes laissés piéger.
Timec et son cadet se sont arrêtés, suspendus en plein vol. Ils ont voulu voir la part de rêve que je mettais sous leurs yeux. Ils se sont construit une histoire et de si grandes aventures devant ce petit coin de verdure atypique.

Ils ont construit leur propre tableau sur une réalité que je leur avais peinte et que leurs yeux ont magnifiée.
Dire que de mon fauteuil le monde est si petit.
Vivement que le téléphone sonne à nouveau....Vivement....
Et que la ballade se poursuive sur d'autres rivages encore...

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